Ergonomie en EHPAD :
deux jours auprès des soignants

Une intervention menée dans un EHPAD de 85 résidents, dans le cadre d’une expertise sur les risques psychosociaux et les conditions de travail : deux journées d’observation, de 6h15 à la relève de nuit, pour mesurer l’écart entre le travail prévu et le travail réel, identifier les véritables irritants et besoins du travail pour élaborer un plan d’actions réaliste et pertinent.

Prévenir les TMS et l’épuisement des soignants commence par une connaissance précise du travail réel, pas celui qu’on planifie mais celui qui est réalisé concrètement au quotidien. Cette étude de cas restitue une intervention complète par Humain & Travail.

Ergonome en EHPAD : observation du travail des soignants en situation réelle
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L’intervention en quatre chiffres

× 2

l’écart entre la durée prévue d’une toilette et sa durée réelle observée

37

résidents pour une seule soignante sur les changes de fin de nuit – soit un temps théorique de 5 min par change hors déplacements et préparation.

63%

des besoins réels en linges de lit non couverts, impliquant des adapatations couteuses pour les soignants, la lingère, les résidents.

16 min

pour ouvrir un dossier de soins quand le réseau sature

TMS et charge de travail en EHPAD : le contexte de la mission

Avec environ 100 accidents du travail pour 1 000 salariés, les EHPAD présentent une sinistralité deux fois supérieure à celle du BTP, et plus de 6 accidents sur 10 y sont liés aux troubles musculosquelettiques (source : ameli.fr). Manutentions de résidents, pression temporelle, travail de nuit, charge émotionnelle, conflits éthiques et qualité empêchée : les métiers du soin cumulent les facteurs de risque physiques et psychosociaux.

L’établissement concerné accueille 85 résidents répartis en cinq unités, dont deux unités de vie protégées (UVP) pour des personnes atteintes de pathologies neurodégénératives. Dans un contexte de réorganisation (postes gelés, modification des horaires) et d’absenteisme croissant, une étude portant sur les risques psychosociaux et les conditions de travail a été engagée. L’intervention s’est déroulée de la manière suivante :
1) Analyse de la demande et cadrage : lectures des premiers documents, entretiens avec les représentants du personnel et la direction, rédaction de la lettre de mission
2) Prédiagnostic : Analyse des documents interne (en continu) et entretiens avec les personnes ressources, questionnaires, entretiens collectifs
3) Observations des situations de travail et diagnostic (organisation du travail, moyens matériels et informationnels)
4) Restitution aux travailleurs puis aux élus et à la direction : état des lieux / situation objective, points précis sur lesquels travailler, préconisations.

Étude de cas anonymisée : les éléments permettant d’identifier l’établissement, les lieux et les personnes ont été retirés ou modifiés.

Le coeur de la démarche d’analyse ergonomique :
observer le travail réel, avec ceux qui le font vivre.

Les entretiens individuels et collectifs menés en amont avaient fait émerger des hypothèses. Les observations servent à les vérifier sur le terrain, à partir de faits concordants. Le dispositif retenu pour cette mission :

  • Deux journées consécutives d’immersion, de 6h15 (rencontre avec l’équipe de nuit) à la relève du soir, sur l’ensemble des unités, la lingerie, les dotations et la cuisine.
  • Un cadre éthique strict : accord préalable des professionnels et des résidents, aucune captation vidéo ou photos pendant les soins, tenue professionnelle et posture non intrusive, dans le respect du cadre de vie des résidents.
  • Des reconstitutions de situations passées avec les salariés, retenues uniquement lorsqu’elles concordent avec les autres données recueillies
  • Une analyse systémique de l’activité : ce qui détermine le travail (organisation, moyens, prescriptions, ) et ce qu’il produit, sur la santé des salariés comme sur le fonctionnement du service.

Ce que l’observation des situations de travail a objectivé

Des toilettes deux fois plus longues que prévu

Le planning alloue 20 à 25 minutes par toilette. Sur le terrain, elles durent de 20 à 47 minutes selon l’état du résident, son autonomie, les traitements médicamenteux administrés (ex. laxatifs) et les refus à réguler. Une fois déduits les déplacements et les interruptions, il reste à peine 20 minutes par soin. Et les prises en charge en binôme, non comptées dans la répartition, portent la charge réelle à 9 interventions par soignante au lieu des 8 affichées.

Des régulations qui masquent la surcharge

Petits-déjeuners repris par les aides-soignantes, soins reportés sur l’après-midi, sorties au jardin supprimées, gestes accélérés, soins en binôme réalisés seule. « Ici tu cours tout le temps, c’est un cercle vicieux. » Ces stratégies maintiennent le service à flot, au prix de risques de chute et de blessure accrus, d’une fatigue latente et d’un sentiment constant de mal faire son travail.

La nuit, 37 résidents pour une seule soignante

En fin de nuit, une professionnelle assure seule les changes de 37 résidents répartis sur deux unités, soit environ 5 minutes par personne, en commençant dès 4 h ou 5 h du matin (VS 6h du matin comme prescrit). Sur les unités protégées, un seul soignant couvre deux étages, face à des résidents qui déambulent ou traversent des épisodes d’agitation ce qui compromet la sécurité du soignant et des résidents.

Des équipements et une logistique qui compliquent les soins

Rails de transfert absents des chambres des unités protégées, chaises de douche non inclinables, un seul chariot de soins pour deux à trois soignantes, chariots de linge longs et bâchés, couloirs en pente.. autant d’irritant qui alourdissent le quotidien de travail dans un contexte temporel déjà contraint. Certaines semaines, moins de 40 % des draps nécessaires sont livrés par le prestataire, générant des tensions autour de la gestion collective du linge disponible. Il faut jusqu’à 16 minutes pour ouvrir un dossier dans le logiciel de soins. Résultat : des transmissions tardives et incompletes voire supprimées, qui compromettent le suivi et le travail des autres équipes.

« On n’a même pas le temps d’appeler un collègue pour nous aider, alors on force nous-mêmes. »

Une aide-soignante, pendant les observations

Quelques recommandations remises à l’établissement

  • Effectifs de jour : viser 4 à 5 résidents par soignante sur la séquence des toilettes, soit environ 40 minutes par soin, aléas compris, avec une priorité sur l’encadrement des unités protégées
  • Effectifs de nuit : au moins deux soignants par étage à minima à partir de 5h pour les changes, trois pour les 2 les unités protégées, une répartition de la charge formalisée et un questionnement des changes en fin de nuité
  • Équipements : rails de transfert en unités protégrées avec prolongement éventuel jusqu’à la salle d’eau pour limiter les manutentions manuelles de résidents, chaises de douche inclinables, chariots de soins individuels, chariot de dotation allégé ou motorisé, retrait de la bache sur le chariot de linge, système d’ouverture autonome des chambre des résidents en unités protégées pour limiter les interruptions, un jeu de clé par soignant.
  • Organisation et information : fiabiliser le réseau wifi et le logiciel de soins, créer des fiches résidents par tournée, remettre à plat le circuit du linge avec le prestataire, restaurer un pilotage des dotations
  • Management : présence d’encadrement sur le terrain, nuit comprise, temps de coordination entre des équipes qui se croisent peu, meilleure intégration de l’équipe de nuit

Livrable : un rapport d’analyse illustré et chiffré (chronologies, tableaux de charge par unité, verbatims), une synthèse des recommandations par thème et une restitution, directement mobilisables par la direction et les représentants du personnel.

Ce que ce cas illustre pour votre établissement

  • Mesurer l’écart entre le temps prévu et le temps réel change la nature du dialogue social : on ne discute plus d’un ressenti, mais de données que chacun peut vérifier
  • Tant que les équipes compensent, la surcharge reste invisible dans les indicateurs habituels. Mais c’est cette compensation permanente qui fini par user la santé, le climat social et, au bout du compte, la performance. C’est en observant le travail en train de se faire qu’elle apparaît, avec ses causes et ses coûts, objectivables.
  • Les conditions de travail des soignants et la qualité de l’accompagnement des résidents évoluent ensemble : chaque contrainte relevée pendant la mission pesait sur les deux. Bien-être et bien faire vont ensemble.

L’intervention en bref : EHPAD de 85 résidents, cinq unités dont deux UVP • expertise risques psychosociaux et conditions de travail • analyse documentaires, questionnaire, entretiens puis deux journées d’observation, du travail de nuit à la relève du soir • livrables : rapport d’analyse, recommandations hiérarchisées, restitution aux parties prenantes.

Financer votre démarche de prévention

Les EHPAD et établissements privés relevant du régime général peuvent mobiliser la subvention Prévention des risques ergonomiques, créée pour lutter contre l’usure professionnelle : le diagnostic ergonomique et certains équipements sont pris en charge à hauteur de 70 %, sous conditions (notamment un DUERP à jour de moins d’un an) (source : ameli.fr). Les employeurs publics disposent d’autres leviers. Le détail des dispositifs est sur la page Financer votre prévention, et je vous accompagne dans le montage du dossier.

Ergonome IPRP enregistrée auprès de la DREETS Hauts-de-France
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Consultante référencée CARSAT Hauts-de-France - réseau Ergonomes

Questions fréquentes

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