TMS en laboratoire d’analyse :
remonter la chaîne pour mieux comprendre

Un laboratoire d’analyse d’amiante voit les TMS et les arrêts maladie augmenter chez ses opératrices d’analyse. En réponse, la demande intiale formulée par le médecin du travail s’est tournée vers le matériel : « Il faudrait voir pour un siège ergonomique. ».
Les troubles musculosquelettiques sont des pathologies multifactorielles qui nécessitent une analyse globale et systémique pour assurer une prévention efficace. L’étude a remonté la chaîne entière pour mieux comprendre ce qui se jouait, des prélèvements sur chantier jusqu’aux analyses sur microscope.

Opposer santé au travail et performance est un faux dilemme, et cette mission le montre pièce par pièce. Étude de cas restituée par une ergonome enregistrée IPRP auprès de la DREETS et référencée par la Carsat Hauts-de-France.

Ergonome en laboratoire d'analyse : étude des postes de microscopie et du processus
mathilde@humainettravail.fr
06 32 82 95 17
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La mission en quatre repères

3

étapes suivies de bout en bout : prélèvement, préparation, analyse

2

objectifs conciliés : bien-être des travailleurs et performance des analyses (qualité et respect des délais clients)

4

axes de transformation engagés

360

Une vision globale et systémique des situations : contexte règlementaire, évolution des chantiers, identification des goulots d’étranglement à chaque étape

Le contexte de cette mission : un nouveau siège suffira t-il pour réduire les douleurs ?

Postures statiques, exigences de précision, zone de travail restreinte, gestes fins répétitifs, mobilisation exessive du poignet, enjeux de fiabilité importants, … le travail en laboratoire d’analyse est exposé à plusieurs facteurs de troubles muscolosquelettiques (TMS). Les principales zones concernées sont en général les mains, les épaules, le cou et le bas du dos (étude Bjorksten et al). Dans les laboratoires de diagnostic amiante s’ajoute une pression particulière : sans analyse rendue, les chantiers restent bloqués, et chaque retard se paie.

Le laboratoire analyse des prélèvements issus de chantiers immobiliers pour établir des diagnostics amiante. Côté santé : des TMS chez les opératrices d’analyse, des arrêts maladie en hausse et une intensification ressentie. Côté performance : un marché tenu par de plus gros laboratoires réalisant des économies d’échelles importantes, des analyses allongées par le durcissement réglementaire de 2018, des difficultés de recrutement. Le directeur résumait : « On est plus chers et moins rapides. ». L’objectif de cette intervention est double : améliorer le bien-être des collaborateurs et améliorer la compétitivité du laboratoire (positionnement : qualité des diagnostics amiantes et respect des délais).

Étude de cas anonymisée : le laboratoire et les personnes ne sont pas identifiables. Les verbatims sont authentiques.

La démarche : voir plus large que le poste

La demande portait sur un siège, comme solution potentielle aux douleurs exprimées par les opératrices sur les postes d’analyse microscope. Les microscopes, de part leur conception contraignaient les postures de travail. Mais, compte tenu de leur cout et de la situation financière de l’entreprise, un changement de microscope n’était pas envisageable. Par ailleurs, les échanges préalables ont nourri l’hypothèse que les causes des douleurs étaient sytémiques et que le changement du siège, seul, ne suffirait pas. Le cadrage, construit avec la direction et la médecine du travail, a élargi le périmètre à l’ensemble du processus :

  • Cadrage élargi : périmètre et objectifs définis avec la direction et le médecin du travail, bien au-delà du seul poste d’analyse et des seuls enjeux santé
  • Entretiens à tous les niveaux : directeur, responsable d’équipe, médecin du travail, salariés du laboratoire et préleveurs de terrain
  • Suivi des échantillons de bout en bout : du prélèvement sur chantier à l’analyse au microscope, en bout de chaîne
  • Analyse des régulations : repérer ce qui influe sur la qualité et les délais, et tout ce que les équipes réalisent pour « faire en sorte que ça marche »

Ce que le diagnostic a révélé

Des blocages tout au long du processus

Accès contraints aux chantiers, modes de stockage des échantillons, dysfonctionnements logiciels, capacité insuffisante des fours à plasma : les retards s’accumulaient à chaque étape. En bout de chaîne, les opératrices absorbaient tout, face à des délais clients incompressibles : stress, pauses raccourcies, heures supplémentaires… des facteurs importants de risques TMS.

L’empoussièrement, coeur du problème

Des échantillons empoussiérés allongent la préparation et compliquent l’analyse au microscope. Ils placent aussi les opératrices devant un dilemme permanent entre rigueur du diagnostic et tenue des délais, qui pèse sur le bien-être comme sur la qualité. La qualité des échantillons transmis en laboratoire s’était dégradé. Plusieurs causes de cette dégradation ont pu être identifiées

Des causes en amont, sur le terrain

Coactivité sur les chantiers, manque de préleveurs, tournées mal optimisées qui compressent les délais sur le terrain (durée de prélèvement réduite de 30% par rapport aux recommandations) : beaucoup de choses se jouaient bien avant les opérations en laboratoire.

Un lien de causalité trop rapide

La demande initiale, un siège ergonomique, visait le dernier maillon. Les douleurs des opératrices venaient surtout de l’intensification produite par des dysfonctionnements à différents niveaux de la chaîne : traiter le poste seul, sur sa dimension matérielle, n’aurait rien réglé de durable.

« Plus il y a de poussière, plus il faut découper l’échantillon. Ca prend plus de temps, il faut tous les passer dans les fours et on en a que 2 sur 4 qui fonctionnent. Donc forcément, le lot est livré plus tard au labo… »

Un préparateur lors des échanges sur terrain

Les transformations engagées

  • Tournées de prélèvement co-construites avec les préleveurs : durées et ordre des passages revus (qualité des échantillons, délais de livraison labo)
  • Logiciel remplacé par un outil plus performant, pour supprimer une source récurrente de blocages
  • Rangement repensé : des bacs dédiés au stockage des échantillons pour limiter les mélanges et fluidifier le passage au laboratoire
  • Capacité d’analyse augmentée : réparation d’un four à plasma + remplacement d’un autre four pour désengorger la préparation
  • Poste d’analyse sur microscrope revu : position des écrans, modification du siège, support pour les coudes

Livrable : une cartographie des blocages sur les différentes étapes du processus, l’analyse des causes de l’empoussièrement et un plan de transformation partagé entre le laboratoire et les équipes de terrain.

Ce que ce cas illustre pour vos laboratoires et ateliers

  • Une demande d’équipement mérite toujours un examen approfondi
  • Les blocages identifiés avaient une incidence à la fois sur la santé (TMS) et la performance (retards, dilemme entre rigueur et délais) : en les traitant, l’entreprise a gagné sur les deux tableaux
  • Les postes en bout de chaîne encaissent les dysfonctionnements de tout le processus : quand les TMS s’y concentrent, la cause est souvent en amont

L’intervention en bref : laboratoire de diagnostic amiante • demande : TMS et arrêts en hausse chez les opératrices d’analyse • démarche : cadrage élargi, entretiens, suivi des échantillons de bout en bout • constats : blocages en chaîne, empoussièrement, causes en amont • actions : tournées, logiciel, rangement, four à plasma supplémentaire.

Financer votre démarche de prévention

Les laboratoires et entreprises de diagnostic relèvent du régime général : postures statiques et gestes répétitifs comptent parmi les risques visés par la subvention Prévention des risques ergonomiques, créée pour lutter contre l’usure professionnelle et l’apparition de troubles musculo-squelettiques. Le diagnostic ergonomique et certains équipements sont pris en charge à hauteur de 70 %, sous conditions (source : ameli.fr). Les employeurs publics disposent d’autres leviers. Le détail des dispositifs est sur la page Financer votre prévention, et je vous accompagne dans le montage du dossier.

Ergonome IPRP enregistrée auprès de la DREETS Hauts-de-France
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Consultante référencée CARSAT Hauts-de-France - réseau Ergonomes

Questions fréquentes

Des TMS qui s’installent sur un poste, une demande d’équipement à arbitrer ?

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Pour aller plus loin : prévention santé, TMS et RPS, formation au travail sur écran et l’ensemble de nos études de cas.